Travaillons-nous gratuitement pour les géants du Web?


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Pour le sociologue autrichien et les personnes qui théorisent le digital labor , avec le développement des géants du web les personnes qui utilisent internet seraient devenues des indivdus qui se contentent de consommer (passivement) et qui travaillent, bénévoles malgré eux, au profit des différentes plateformes numériques dont ils pensent bénéficier gratuitement. En somme, le web serait devenu l’espace virtuel par excellence de l’exploitation et de l’aliénation des internautes.

Dominique Cardon situe l’émergence d’une vision pessimiste du web au début des années 2010. Avec la massification des usages, le développement des géants du web et la régulation étatique du réseau, la critique d’internet est venue de l’exterieure. «Le discours théorique glisse ainsi d’une position compréhensive à une position d’extériorité qui instaure une asymétrie entre le discoureur et les internautes. Il ne parle plus avec les internautes, mais au-dessus d’eux», déplore le sociologue.

Le sociologue et auteur de Culture numérique soupçonne dans la position tenue par les têtes pensantes du digital labor une sorte d’ «inconscient aristocratique, une méfiance pour le petit peuple d’internet qui s’exprime n’importe comment en cliquant frénétiquement sur des boutons et en hurlant ses commentaires».

Entre vision travailliste d’un côté, et hédoniste de l’autre, le clivage est plutôt de nature philosophique que sociologique. La première, imprégnée de marxisme, se propose de dévoiler les superstructures sociales dont l’humain fait partie pour en dénoncer les abus et la logique.

La conception hédoniste, elle, est imbibée de présupposés libéraux –un “libéralisme” qui doit être entendu au sens fort du terme, à savoir au sens économique mais encore philosophique et politique. L’humain a les aptitudes pour choisir librement, et en toute conscience, les décisions qui lui conviennent.